Un carreau de coton, deux mètres de long pour les plus grands modèles, et parfois le prénom d’une tisserande dans le nom de la pièce. Sous la forme du krama, le foulard cambodgien revient dans les vestiaires de saison, et la marque française Krama Krama en a fait son métier depuis mars 2012. Ses foulards sont tissés à la main par un atelier partenaire installé près de Siem Reap. Sa page consacrée au pays, des temples d’Angkor à la danse Apsara, se lit comme un court voyage au Cambodge avant même d’ouvrir la boutique.
Sur ce type d’accessoire, une confusion revient souvent. On lit « marque française » et l’on imagine une pièce fabriquée en France. Ici, les deux informations sont données séparément. La marque est française, son stock est à Bordeaux et à Paris, et le tissage se fait au Cambodge, dans un atelier géré par une ONG partenaire. Pour lire une étiquette, c’est exactement le niveau de précision qu’il faut.
Qu’est-ce qu’un foulard cambodgien, et comment se porte-t-il ?
Rien, dans ce foulard, n’est une invention de styliste. L’UNESCO, qui a inscrit le 2 décembre 2024 les pratiques culturelles liées au krama sur sa Liste représentative du patrimoine culturel immatériel, le décrit comme une pièce rectangulaire de coton ou de soie, tissée sur un métier traditionnel et ornée de motifs en quadrillage. Les colorants naturels, tirés de végétaux et d’insectes, donnent quatre teintes de base : blanc, jaune, rouge et bleu.
Au Cambodge, le même tissu sert d’écharpe, de ceinture, de couverture, de bandana ou de hamac pour les enfants, selon la liste de l’UNESCO. Cette polyvalence est justement ce qui lui donne sa place dans une garde-robe européenne. Noué serré autour du cou, il remplace le carré de soie. Plié en bandeau, il tient les cheveux. Glissé à l’anse d’un cabas, il apporte du motif à une tenue unie.
À mon sens, c’est la meilleure grille pour le juger : un accessoire qui a déjà dix usages dans son pays d’origine n’a pas besoin d’une tendance pour durer dans le vôtre.
Le saviez-vous ?
Depuis la 19ᵉ session du Comité de l’UNESCO, ouverte le 2 décembre 2024, le krama est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. L’UNESCO précise que sa production est majoritairement féminine, et que les hommes participent à la culture du coton, à la récolte des matières tinctoriales et à l’entretien des métiers à tisser.
Source : UNESCO, fiche « Cultural practices and expressions linked to Krama », consultée le 21/10/2026.
Tissé à la main sur un métier en bois près de Siem Reap
La réponse de Krama Krama à la question de la fabrication tient en une phrase, et elle est nette : « chaque krama est fabriqué à la main avec un métier à tisser en bois traditionnel dans un atelier à côté de la grande ville de Siem Reap, dans le nord du Cambodge ». Le lieu est nommé et la méthode aussi. L’outil est décrit. Trois repères vérifiables, là où beaucoup de marques se contentent d’« artisanal ».

Siem Reap, telle que la marque la présente sur sa page Cambodge, compte près de 175 000 habitants et se situe près du lac Tonlé Sap. Son économie s’est longtemps organisée autour de la riziculture, de la sériciculture, de la pêche et de l’artisanat. L’atelier partenaire s’inscrit dans cette dernière tradition. Le savoir-faire n’est pas importé, il est local.
Pour qui s’intéresse à la traçabilité, ce point compte, à mon avis, davantage que la matière seule. Un coton peut venir de partout. Un tissage sur métier en bois, dans un atelier situé et nommé, se raconte et se vérifie.
Les collections Krama Krama, des traditionnels aux kramas de couleurs
La boutique compte 87 foulards au total, répartis en plusieurs familles. Côté prix, les kramas traditionnels commencent à 29 € et reprennent le quadrillage classique. Dans la famille temples d’Angkor, les motifs puisent dans le patrimoine khmer. Quant aux kramas de couleurs, ils élargissent la palette au-delà des teintes historiques. On y trouve aussi un krama en lin, baptisé Jean, et d’autres foulards cambodgiens.

Pour un premier achat, je conseille le krama traditionnel, à partir de 29 €, fabriqué à la main sur un métier à tisser en bois comme tous les foulards de la marque. Les collections de couleurs offrent, elles, une palette plus large pour accompagner toutes les garde-robes. Dans les deux cas, on achète la même méthode de tissage.
Repères sur la marque
2012
Marque créée en mars, site e-commerce lancé le 12/12/12
87
foulards dans la boutique
29 €
le krama traditionnel en coton
200 cm
la longueur des grands kramas de la collection Généreux
10 %
reversés à l’école Sala Baï
2 villes
de stock en France, Bordeaux et Paris
Source : pages du site Krama Krama, lues le 21/10/2026.
La collection Généreux et ses grands kramas de 200 cm
La collection Généreux est la plus parlante de la marque. Elle se compose uniquement de kramas de grande taille, 200 cm de longueur, et elle est « dédiée aux tisserandes du Cambodge », selon les termes de Krama Krama. Les prénoms de tisserandes apparaissent dans les noms des foulards.
Mettre un prénom sur un produit, c’est relier l’objet à une personne. Je trouve ce choix plus convaincant qu’un label générique. Il ne dit pas « équitable » dans l’abstrait, il dit qui a tissé.
Côté style, deux mètres de coton ouvrent des usages qu’un format court n’autorise pas. En étole sur un manteau, le grand krama se porte aussi enroulé en plusieurs tours pour un volume généreux autour du cou, ou déplié sur les épaules les soirs d’été. Les deux pans qui retombent devant une veste droite donnent la ligne verticale que cherchent les silhouettes de l’automne. En cadeau, c’est aussi le format qui se remarque le plus.
Des tisserandes formées et mieux rémunérées, 10 % pour Sala Baï
L’atelier partenaire, explique la marque, « permet aux jeunes femmes Cambodgiennes de recevoir une formation professionnelle de tisserande et une rémunération plus élevée pour subvenir aux besoins de leurs familles ». La phrase contient deux engagements distincts : un métier appris et un revenu supérieur. Les deux se tiennent, puisque la formation donne accès à la rémunération.
Le second engagement est chiffré. Côté chiffres, 10 % sont reversés à l’école Sala Baï, à Siem Reap. Selon Le Petit Journal Cambodge (article du 27 novembre 2025), cette école hôtelière a été créée en 2002 par l’ONG Agir pour le Cambodge.
Elle forme environ 150 jeunes par an en un an, dans cinq filières : cuisine, service, réception, housekeeping et spa. Une étude citée dans le même article, menée auprès de 205 anciens élèves plus de cinq ans après leur formation, établit que 97 % d’entre eux ont un emploi.
Franchement, un pourcentage fixe, une école nommée, des résultats publiés par un média indépendant : c’est le type de repère chiffré que je préfère à n’importe quel adjectif « solidaire ». Acheté à Paris, le foulard contribue au financement de l’école Sala Baï, à Siem Reap, où se trouve aussi l’atelier.
Petites séries, expédition depuis Bordeaux et Paris
« Chaque foulard Krama Krama est soigneusement fabriqué à la main et produit en petite quantité. » Conséquence directe : certains modèles partent vite. La fiche produit propose une alerte e-mail de réassort, et c’est le bon réflexe pour un motif repéré mais momentanément indisponible. Mieux vaut s’inscrire tout de suite : on reçoit le message quand la pièce revient.
Pour la livraison, les commandes passées sur le site français partent de France, depuis le stock situé à Bordeaux et à Paris. À l’international, l’expédition peut partir de France ou du Cambodge. Le parcours est donc court pour un acheteur français, même si le foulard a été tissé à plus de 9 000 kilomètres.
En ligne depuis le 12 décembre 2012, la boutique affiche une date que la marque écrit elle-même 12/12/12. Près de quatorze ans plus tard, l’offre repose sur des foulards en coton fabriqués artisanalement par un atelier de tisserandes à Siem Reap. Pour une garde-robe qui se construit pièce par pièce, c’est un bon point de départ.
Questions fréquentes
Où sont fabriqués les kramas de Krama Krama ?
Dans un atelier de tisserandes situé près de Siem Reap, dans le nord du Cambodge, géré par une ONG partenaire. Chaque krama y est tissé à la main sur un métier en bois traditionnel.
Quelle longueur mesure un krama de la collection Généreux ?
200 cm. La collection Généreux se compose uniquement de grands kramas, dédiés aux tisserandes du Cambodge, avec des prénoms de tisserandes dans les noms des foulards.
D’où partent les commandes passées sur le site français ?
De France : le stock de foulards est situé à Bordeaux et à Paris. À l’international, l’envoi peut se faire depuis la France ou depuis le Cambodge.
Un modèle est indisponible, comment savoir quand il revient ?
Les foulards sont produits en petite quantité. Une alerte e-mail de réassort peut être activée directement sur la fiche produit.
Sources
Pages Cambodge, Accueil, Boutique, Krama généreux et Krama khmer traditionnel du site Krama Krama, lues le 21/10/2026.
UNESCO, « Cultural practices and expressions linked to Krama, a traditional woven textile in Cambodia », inscription 2024 (19.COM), consultée le 21/10/2026.
Le Petit Journal Cambodge, « Sala Baï, cinq ans après : l’impact durable d’une école pas comme les autres », 27/11/2025.
Rédactrice mode — Marques, fabrication et mode responsable (dont seconde main)
Inès Haddad écrit sur les marques pour Ludis : qui fabrique, où, et dans quelles conditions. Elle couvre les maisons françaises, le made in France et la mode responsable, en…
Article publié le 21 octobre 2026



